SOLIDARITE
TUNISIENNE
s'adresse par une lettre ouverte à toutes les composantes
de la société civile en Tunisie au sujet des prisonniers
politiques et, leurs familles, qui sont emprisonnés depuis 14 ans
Paris le 05 octobre 2004
A l'occasion de sa compagne internationale en pour la libération des prisonniers politiques en Tunisie. Solidarité Tunisienne s'adresse par une lettre ouverte à toutes les composantes de la société civile en Tunisie afin de les sensibiliser encore plus au sujet des prisonniers politiques et, leurs familles, qui sont emprisonnés depuis 14 ans. En leur sollicitant de plus de mobilisation en leur faveur.
Messieurs les présidents des partis politiques(reconnus et non reconnus), monsieur le président de la ligue tunisienne de défense des droits de l'Homme, Madame la porte parole du CNLT, Messieurs les présidents des associations des droits de l'Homme en exile, Monsieur le doyen des avocats, Monsieur le président de l'association des jeunes avocats, Monsieur le président de l'ordre des médecins, Monsieur le président de l'ordre des ingénieurs, Monsieur le président de UGET, Monsieur le secrétaire générale de l'UGTT, Monsieur le président de l'association des journalistes, Monsieur le président du syndicat des journalistes….
Messieurs Dames
Il est communément reconnu que la justice est à la base de toute civilisation. Nul doute également du fait que l’intégrité physique et psychique de l’Homme et la garantie de ses libertés fondamentales constituent des conditions nécessaires à la pérennité de la civilisation. Les libertés de conscience, d’organisation et d’action sont les fondements du rôle de bâtisseurs de civilisations des êtres humains.
En revanche, l’injustice dans toutes ses formes contribue plus au moins rapidement à la destruction et la désorganisation des civilisations.
Le peuple tunisien, connu pour sa grande bonté et son sens aiguisé de la beauté et de l’innovation, croule sous le joug d’une dictature des plus exécrables, et montre des signes de désespoir et d’effritement.
Ce peuple pacifique et pacifiste jusqu'à présent, qui a enfanté des élites en littérature, arts, et législation, qui a marqué l’histoire récente et ancienne de le :
L’université Ezzitouna est la 1ere université de tout le Maghreb et au-delà du continent africain. Des noms célèbres ont éclairé les pages de l’histoire ancienne tel l’Imam Sahnoun, l’Imam Ibn Arafa, le fondateur de la sociologie l’Imam Ibn Khaldoun, le poète Ibn Rachiq….et récente, tel l’Imam Mohamed Tahar Ibn Achour, et le poète ayant insufflé l’amon de la liberté et de rebellion contre l’injustice Aboulkacem CHEBBI ….
Ce peuple vit actuellement une pénible épreuve qui perdure depuis plus de 14 ans. Un nombre considérable des enfants de ce peuple vivent l’humiliation quotidienne, le harcèlement et l’acharnement aveugle de la machine destructrice de la dictature, et la mort lente programmée pour ceux qui sont derrière les barreaux….
Les prisonniers d’opinion du mouvement politique Nahdha sont incarcéré dans des conditions jamais connues auparavant par l’histoire de la Tunisie, par la dureté et la durée. Depuis 14 ans, 40 prisonniers politiques vivent en isolement total, dans des cachots exigus, sans fenêtre ni aération. Les sorties sont rares, n’excédant pas ¼ d’heure et sont supprimées à la moindre velléité de protestation….
Plus d'une vingtaine sont décédés en prison dans des conditions effroyables, et suite à des souffrances extrêmes occasionnées par des maladies grave contractées en prison et privé de toute possibilité de soin médical. C’est ainsi que Monsieur Sahnoun Johri membre de la ligue tunisienne des droits de l’homme est décédé à la prison du 9 avril que le professeur Mabrouk Zren, incarcéré en d’épis de son âge avancé (67ans à cette époque) est mort (1997) laissant derrière lui une famille doublement endeuillée…. L’ignominie inqualifiable du décès de Lakhdar Sdiri dépasse l’entendement : sur son lit de mort à l’hôpital de sousse, ce jeune homme incapable de tout mouvement a été maintenu en chaînes, les bras et les jambes attaché à son lit de façon humiliante, devant sa mère, son père et sa petite fille, incapables de lui donner un dernier baiser avant son départ. Les chaînes n’ont été enlevées que pour libérer un cadavre avant son inhumation. Osez-vous imaginer ce qu’a ressenti sa mère, son père ou sa fille ??? Osez-vous imaginer la haine qui a motivé un tel comportement du régime tunisien, l’esprit hideux qui détient en otage tout le peuple tunisien ??….
Quant aux cas de tortures, le régime tunisien n’a jamais accordé la moindre importance des rapports successifs et alarmants des organisations de défense des droits humains tel Amnesty, Human right watch, Fédération internationale des droits de l’Homme et autres.…
Le rapport d’Amnesty «Tunisie, le cycle de l’injustice »(2003) et celui de Human right watch (2004), largement médiatisés suffisent amplement à éclairer cette tragédie.
Le régime tunisien n’a rien omis des méthodes de torture. Aux méthodes ‘classiques’ de torture physique ayant causé l’invalidité de centaines de prisonniers politiques, s’ajoutent les ‘méthodes’ de torture psychologique visant à détruire la personnalité de la victime et le faire basculer dans la folie. Les cas d’hystérie, de dépression et de tendances suicidaires se multiplient parmi les détenus d’opinion tunisien, incapables de résister et dans le désespoir de recevoir une aide significative du ‘monde extérieur’….
Une des méthodes la plus ignoble utilisées est celle de mettre les prisonniers politiques avec les pires criminels de droits communs (trafiquants de drogues, violeurs, assassins …) et d’inciter ces derniers à abuser librement des victimes et les humilier….
Le dernier crime inqualifiable commis dans ses conditions est le viol du prisonnier politique Nabil Elwaer sur ordre de l’administration carcérale et sous sa ‘surveillance’…
L’effort de ‘destruction’ et de désorganisation acharnée de la société tunisienne dépasse le cadre du mouvement Ennahdha, et ses militants et de ses prisonniers pour couvrir l’ensemble du peuple tunisien. Les places ouvertes par le régime se multiplient et ne se referment pas :
- La ligue tunisienne des droits de l’Homme, première ligue du genre du monde arabe a subi cet acharnement.
- L’union générale des travailleurs tunisiens, première centrale syndicale du monde arabe mise à pas a vu des milliers de travailleurs emprisonnés, torturés, éloignés de leurs proches, voire encore licenciés et jetés dans la précarité pour avoir exprimé leur opinion.
- La presse en Tunisie a été littéralement liquidée. Le journalisme de libre opinion n’est plus. Des journalistes sont emprisonnés en isolement tel Hammadi Jeballi, d’autres ne sortent de prison que pour y retourner tel Abdallah Zouari vivant sans cesse brimades et humiliations.
- De parmi l’élite instruite du pays, des milliers d’ingénieurs, de professeurs, de médecins et de diplômés de hautes études sont privées d’exercer leurs fonctions et d’apporter leurs contributions au développement de leur pays, ou forcés de s’exiler, pour conserver leur liberté de conscience….
- Des étudiants désireux de terminer leurs études sont empêchés de le faire.
Des professeurs universitaires de haut niveau, internationalement reconnu sont interdits d’exercer (professeur Moncef Ben Salem).
Ainsi, se dresse devant toutes les organisations de défense des droits humains et au-delà de tous les acteurs de la société civile un état d’injustice absolue, d’humiliation et de répression qui dure depuis 1991, les efforts consentis jusqu'à présent étant resté en vain.
Qu’attend notre société civile, nos organisations nationales et nos partis politiques après tout ceci ? Quel serait leur situation si ce silence continue plus longtemps ? Que veulent-ils de plus ?
Il en viendrait de rappeler à cet égard ce qui suit :
1- Que derrière chaque prisonnier politique il y a une mère qui souffre (si elle est encore en vie), un père qui a perdu confiance dans les responsables et les organisations, une épouse qui subit le harcèlement, l’humiliation et les tentatives de destruction, et les enfants qui ont perdu - parfois depuis leur naissance – l’amour et l’affection d’un père, privé de les toucher, voire simplement de les voir.2- Que tout prisonnier politique est une perte pour la Tunisie : une perte d’un Homme libre ayant une opinion et refusant de céder à la dictature.3- Que tout prisonnier politique est une énergie vive et précieuse que le peuple tunisien a perdu.4- Qu’avant tout, tout prisonnier politique est un enfant de ce peuple ayant les même droits, dont le premier est de vivre dignement et librement.
Il est essentiel de rappeler également que les accusations portées contre les prisonniers politiques en 1991 ont toujours été rejetées par l’ensemble des observateurs tunisiens et internationaux.
Dans ce cas, la responsabilité de la persistance de cette injustice incombe à tous les enfants de la Tunisie, et plus particulièrement aux membres actifs des organisations de défense des droits Humains et des O.N.G. dont la raison d’être n’est autre que la défense des opprimés. Ces organisations ont un rôle qui ne cesse de prendre de l’ampleur dans un monde de plus en plus ouvert. Leurs champs d’action et d’influence ne peut être entravée par une dictature malintentionnée et tyrannique.
La Tunisie ne connaîtra la paix véritable que lorsque l’ensemble de ses enfants y trouvera un foyer d’équité et de justice. Dans l’état actuel des choses, la peur a pris la place de la sécurité, le mensonge a chassé la sincérité, la paralysie totale remplace l’esprit d’initiative, et l’hypocrisie et l’égoïsme sont le maître mot.
C’est là nos défis à tous :
Que pouvons nous faire ensemble pour les relever ?
Que peuvent faire les opposants farouches et les gens de bonne volonté pour préserver la société tunisienne d’une destruction dont les prémisses sont visibles à l’œil nu ?
Plus précisément : Que pouvons nous faire à l’occasion des élections du 24 octobre 2004 ? Serai-ce juste de garder le silence pour ne pas dire la loi de l’omerta alors que cette ignoble injustice perdure et s’endurcit ?
1- Lever la voix haute pour reconnaître et confirmer les exactions que subissent les prisonniers d’opinion et les défenseurs de droit.2- Œuvrer continuellement pour que cesse cette injustice et la promulgation de leur libération et leur retour parmi les leurs.3- Rétablir leur droits de retrouver leurs travails et mettre fin à la confiscation de leurs biens.4- Faire cesser ce qu’encourent leurs proches de maltraitance et de persécution sans motifs.5- Dédommager les victimes de l’injustice et de la barbarie des sévices qu’ils ont subi.6- Tout mettre en œuvre pour éviter le déclin et qu’un tel scénario ne se reproduit de nouveau pour garantir la paix de tout citoyen et sa liberté d’opinion.
Nous saluons les efforts et l’œuvre de certaines organisations et des bonnes volontés tunisiennes durant la dernière décennie pour dénoncer l’injustice encourue par les prisonniers d’opinions et les militants du mouvement d'Ennahdha
SOLIDARITE TUNISIENNE
40 rue du Landy 93300 Aubervilliers
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