Lourdes peines de prison pour huit Tunisiens accusés de subversion (AFP)
9 avril 2004


TUNIS, 9 avr (AFP) - La justice tunisienne a condamné à de lourdes peines de prison huit jeunes gens pour activités subversives liées à l’usage d’internet, un verdict qualifié vendredi de "scandaleux" par les défenseurs des droits de l’Homme.

Six jeunes gens détenus ont comparu le 6 avril devant le Tribunal de première instance de Tunis qui les a condamnés chacun à 19 ans et trois mois de prison ferme. Il s’agit de quatre lycéens : Hamza Mahrouk, Abdelaghaffar Ghiza, Aymen Mcharek, Omar Rached, d’un étudiant, Omar Farouk Chalendi, et d’un enseignant, Ridha Haj Brahim.

Deux autres Tunisiens, jugés par défaut, ont écopé de 26 ans et 3 mois de prison, le premier, Tahar Ghmir, résidant en Suède, tansi que le deuxième, Ayoub Sfaxi, se trouve en France, a précisé à l’AFP leur avocat, Samir Ben Amor.

Les prévenus, originaires de Zarzis (sud) et âgés de 18 à 22 ans, ont été inculpés principalement pour "association de malfaiteurs, tentative de vol et détention de produits explosifs", a indiqué Me Ben Amor.

Les autorités tunisiennes ont pour leur part indiqué que les huit jeunes gens condamnés appartenaient à un "groupe terroriste intégriste" dirigé depuis l’étranger par Tahar Ghmir.

Au tribunal, les prévenus ont nié en bloc les accusations portées à leur encontre, selon l’avocat, précisant qu’ils ont été accusés d’avoir subtilisé au laboratoire de leur lycée des produits censés entrer dans la fabrication d’explosifs et de s’être procurés sur internet de la documentation pour la manipulation de cartes magnétiques.

Lors de leur arrestation le 5 février 2003 à Zarzis (500 km au sud de Tunis), la police avait saisi du matériel informatique, un CD et des documents copiés sur des sites internet, avait indiqué le Conseil national des libertés (CNLT), sans identifier ces sites.

La défense a immédiatement interjeté appel du verdict qui a été qualifié de "scandaleux" par les défenseurs des droits de l’Homme en Tunisie, pays qui s’apprête à accueillir en 2005 la seconde phase du Sommet mondial sur la société de l’information, dont la première phase a eu lieu en décembre 2003 à Genève.

"C’est indigne de la Tunisie de faire condamner des jeunes à des peines aussi lourdes pour des motifs d’accès à des sites arbitrairement interdits", a déclaré Mme Souhayr Belhassen, de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH).

"On a l’habitude des procès iniques, mais la condamnation des jeunes de Zarzis est un véritable scandale pour la Tunisie, qui veut organiser le Sommet mondial de la société de l’information", a-t-elle ajouté.

Des Organisations non-gouvernementales (ONG) comme Reporters sans frontières et Amnesty International, ont critiqué l’organisation du sommet en Tunisie, qui restreint, selon elles, la liberté d’expression.

Le procès du "groupe de Zarzis" a lieu quelque mois après la libération en novembre 2003 du cyberdissident tunisien Zouhair Yahyaoui, qui avait été condamné à 2 ans de prison pour un délit de presse sur son site internet.

Un communiqué officiel a indiqué vendredi à Tunis que "le groupe a entamé ses activités en 2001 en organisant des rencontres clandestines consacrées à la réalisation des objectifs terroristes poursuivis, dont la fabrication d’explosifs en vue d’incendier un lycée et un poste de la Garde nationale de Zarzis".

Selon ce communiqué, le chef de la bande a incité le groupe à "lancer une attaque contre le poste de la Garde maritime de Zarzis, au moyen d’un bazooka qu’Aymen Mcharek (un des lycéens condamnés), devait ramener de l’étranger".

Ils ont été déférés notamment "pour constitution d’une bande planifiant la préparation et l’exécution d’agressions (...), vol et fabrication d’explosifs", selon cette source.

Selon leur avocat, les lycéens condamnés se sont également vus reprocher un intérêt "exagéré" pour la Palestine et le fait d’avoir interrogé un de leurs enseignants sur l’action des kamikazes palestiniens.

Un autre lycéen détenu depuis février 2003, Abdelrazzak Bourguiba, doit comparaître le 16 avril devant une instance pour mineurs dans le cadre du même procès.

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