Lettre des familles des prisonniers
politiques de la prison de Borj El Amri
Tunis, 1er juin 2004
Nous, foyers, familles et enfants des prisonniers politiques de la prison de Borj El Amri, lançons un cri d’alarme à toutes les consciences libres, aux responsables, aux militants et aux citoyens. Nous vous informons que nos fils affrontent une situation outrageante et infra humaine à la prison de Borj El Amri.
Notre patience n’a que trop duré, nous sommes à bout et sur le point de perdre espoir qu'ils restent en vie. Ils endurent les pires formes d’offense et la mort lente inéluctable et impitoyable, en dépit des tentatives de les soulager qui se sont soldées par un échec.
Nous redoutons que leur grève de la faim commencée
le 1er mai 2004 ne les mène à la mort. Il refusent de prendre
la « nourriture » de la prison après avoir refusé
le couffin de leurs familles, et vous vous en demandez peut-être la
raison ? Leurs revendications sont bien simples : ils exigent leurs droits
de prisonniers, la levée de l’isolement et la sortie de ces cachots
nauséabonds et obscurs, infestés d’insectes et de détritus,
qui sont des tombes pour les êtres vivants, en vérité,
et dont ils ne sortiront que brisés physiquement et moralement.
Ils nous ont demandé d’informer l’opinion publique qu’ils réclamaient
de l’air et de la lumière, eux qui vivent depuis des mois dans ces
petits cachots appelés à Borj El Amri « les chambres
de la mort », qui sont totalement isolés car fermés
au moyen d’une porte en fer qui ne laisse filtrer ni l’air ni la lumière
du soleil, et qui exhalent une odeur putride.
Nous vous écrivons ces mots à l’issue de la dernière visite que nous leur avons rendue. Certains d’eux qui ne pouvaient se lever, ne s’y sont pas présentés, les autres ont été transportés sur les chaises roulantes.
Nous lançons un appel au secours à toutes les consciences vives : intervenez pour mettre un terme à leur tragédie, celle de ceux qui meurent cent fois par jour. Il s’agira peut-être de l’ultime missive avant qu’ils ne s’effondrent pour mourir. Nous vous écrivons afin que toute personne qui a à cœur les corps et les âmes de nos fils sache que leur état n’augure rien de bon, face surtout aux silence des responsables. Nous avons contacté ces derniers en tant que familles et tous nous ont dit : » cette affaire me dépasse, les directives viennent d’en haut « . C’est ainsi que nous vous avons écrit ces mots avec les larmes et le sang de nos enfants à tous les responsables, tous les Tunisiens, pour l’histoire.
Que tous ceux qui détiennent en eux ne serait-ce qu’une poussière d’humanité, assument ce qui leur adviendra et s’attèlent à les sauver d’une mort annoncée.
Famille de Ridha Saïdi
Famille de Mokdad Arbaoui
Famille de Lotfi Snoussi
Famille de Ali Harrabi
Famille de Khaled Kawwache
à consulter pour de plus
amples renseignements
www.nawaat.org