Les prisonniers politiques
L'administration ne reconnaît pas officiellement l'existence de cette catégorie de prisonniers et personne ne connaît leur nombre exact.

Cependant un tratement particulier leur est réservé sous l'appellation « appartenance » ou « caractère spécial ». Les instructions sont données afin qu'ils dorment à même le sol à proximité des toilettes et ils ne peuvent prétendre à un lit qu'après des mois passés dans cette situation. des instructions sont données aux autres prisonniers pour les maintenir en quarantaine et celui qui se risque à partager un repas ou échanger une parole avec un « caractère spécial » est sévèrement puni.

Les visites obéissent à un régime spécial : visite individuelle en présence de deux agents interposés entre les deux grillages séparant le prisonnier de sa famille (deux membres uniquement par visite) qui prennent note ostensiblement les paroles échangées. L'administration pousse le vice jusqu'à réserver un autre jour que celui de la visite pour la remise du couffin au détenu dans le dessein d'épuiser les familles qui viennent de loin et de les obliger à espacer leurs visites.

Un véritable régime discriminatoire leur est réservé : leur couffin leur parvient sens dessus-dessous, les plats mélangés les uns aux autres sous prétexte de fouille. Seuls trois plats leur sont autorisés et deux livres de fruits ; ces mesures ont été initiés par Ahmed Hajji, l'ancien directeur de la prison civile de Tunis les années 90 et ont été généralisées à toutes les prisons. Contrairement aux droits communs qui n'ont pas de limitation, un plafond de 25 dinars/mois est fixé aux mandats envoyés par les familles pour s'approvisionner en cantine, une somme qui couvre difficilement les besoins en cigarettes.

Il est fréquemment arrivé que des prisonniers islamistes soient placés dans les salles réservées aux homosexuels afin de tenter de les impliquer dans des affaires de mœurs et d'attenter ainsi à leur moral.

Une autre manière de démoraliser les prisonniers politiques consiste à les placer en compagnie de malades mentaux. C'est ce qu'a vécu l'étudiante Imen Derouiche à la C2 de la Manouba, où elle avait du subir la compagnie de Salha, une malade qui a tué ses filles et qui ne dort pas la nuit. Puis celle de Meriem, une autre malade (6) qui se promène nue et que les gardiennes ont incitée à l'agression d'Imen, son séjour avec ces femmes a été ponctué d'insultes, de crachats, de souillure de ses affaires par la merde et de coups allant jusqu'à la tentative d'étranglement (par Leila Ganara).

La correspondance des politiques est souvent détournée et parfois remplacée par de fausses lettres portant des informations démoralisantes, provenant de leurs familles.

Quant aux étudiants, ceux appartenant au PCOT ont été autorisés à poursuivre leurs études et passer leurs examens grâce aux grèves de la faim et aux pressions des organisations nationales et internationales, et l'administration ne leur communique les résultats de leurs examens qu'après des mois de leur publication ; mais les étudiants appartenant au mouvement Enahdha n'ont pas bénéficié de cette mesure.

Les avocats des prisonniers à « caractère spécial » ne bénéficient pas toujours des droits habituels de la défense ; à la prison civile de Tunis on leur alloue des pièces spéciales permettant, selon certains, l'écoute de leurs conversations avec leur client et il est souvent arrivé que l'administration refuse à un avocat un permis de visite dûment accordé par la Cour de Cassation.


http://www.geocities.com/for_dem_lib/Rapport201099/par6.htm

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